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Chronique lecture : Une fille facile

Auteure: Louise O’Neill
Edition: Stéphane Marsan
Catégorie : Young Adult –
Drame contemporain – Culture du Viol
Pages : 256
Sortie : 16.05.2018
Ma note : 14/20
synopsis
« Quand tu prononces un mot comme celui-ci, tu ne peux plus faire marche arrière. Fais comme s’il ne s’était rien passé. C’est plus simple comme ça. Plus simple pour toi. »

Emma a dix-huit ans, c’est la plus jolie fille du lycée. En plus d’être belle, elle est pleine d’espoir en l’avenir. Cette nuit-là, il y a une fête, et tous les regards sont braqués sur elle.

Le lendemain matin, ses parents la retrouvent inanimée devant la maison. Elle ne se souvient de rien. Tous les autres sont au courant. Les photographies prises au cours de la soirée dévoilent en détail ce qu’Emma a subi. Mais parfois, les gens refusent de voir ce qu’ils ont sous les yeux. Et si la vie d’Emma est brisée, c’est peut-être parce qu’elle l’a bien cherché.

chronique
Je me suis littéralement jetée sur NetGalley quand j’ai su que ce livre était disponible en pré-lecture. J’ai entendu énormément d’avis dithyrambique sur ce roman par les personnes qui ont lu la version original en anglais nommée « Asking For It ». Depuis j’avais hâte qu’une maison d’édition traduise et édite ce roman. Avant de commencer, je me dois de vous prévenir que ce livre aborde un drame contemporain qui dénonce la culture du viol. Un thème qui devrait être plus abordé en littérature selon moi afin de sensibiliser les plus jeunes.

Emma O’Donovan a 18 ans, elle est populaire, elle a confiance en elle, elle a une plastique de rêve et elle le sait. Elle a une famille très attentionnée, qui la chouchoute, c’est une petite princesse malgré que ces parents ne peuvent pas tout lui offrir car ils ne sont pas riche, mais elle ne manque de rien. Les garçons lui rabâchent sans cesse qu’elle est ravissante et c’est tellement dur de ce faire harceler quotidiennement avec des paroles si attentionnées (ironie bien sûr). Mais elle en joue énormément aussi, elle allume à tous va, elle est très stricte avec son choix de garçon. Dans son groupe d’amis, c’est elle la leader, elle choisi sa prochaine conquête, elle décide qui peux être assez à la hauteur pour être son amie et qui ne la mérite pas. C’est à elle qu’on se confie, tout le monde veux absolument faire partie de son entourage.

C’est une héroïne que l’on déteste et c’est un choix très intelligent de l’auteure. Elle est égoïste, égocentriste, sans empathie et superficielle. Ce doit être la meilleure sur tous les points, tout le monde doit l’envier, lui ressembler et l’adorer. Elle considère ses amies comme des moins que rien, elle ne cherche même pas à les rassurer quand elles ne vont pas bien.

 « — C’est arrivé à plein de gens. Ça arrive tout le temps. Tu te réveilles le lendemain matin, et tu regrettes ou tu ne te rappelles pas exactement ce qui s’est passé, mais c’est plus simple de ne pas faire d’histoires…— Mais ce n’est pas comme ça que ça s’est passé ! proteste-t-elle en relevant les yeux vers moi. Je te l’ai raconté.— Mais je n’étais pas là avec toi, si ? Comment est-ce que je peux savoir ce qui s’est vraiment…— Mais je te l’ai raconté. Je ne voulais… Je ne voulais pas le faire.— Tu n’as pas dit non. (Je m’accroupis devant elle, les mains posées sur ses épaules.) Tu as reconnu que tu n’avais pas dit non.— Mais… (Elle remue pour dégager mes mains et me regarde avec un tel désespoir que j’en ai des frissons.) Je n’ai pas dit oui non plus. »

Dans ce roman il y a pour moi 3 parties bien distinctes. Le avant soirée, le pendant et le après. Pour la partie une, sur le avant soirée, je l’ai trouvée clairement longue, environ 25% du livre. On met en place l’histoire, on parle du quotidien d’Emma, on en apprend un peu sur sa psychologie et sur ses amis. D’ailleurs il y en à beaucoup trop, j’étais perdue, en plus c’est un peu les feux de l’amour, car il y a plein de noms, tel et tel est sorti avec lui. Mais elle est amoureuse, mais lui aime son amie. Bref, le gros bordel. Je n’ai vraiment pas apprécié ce passage même si je comprends l’importance de comprendre l’entourage d’Emma pour la suite de l’histoire.

La seconde partie parle de cette fameuse soirée ou tout à basculer. Et cet à ce moment précis que la lecture est devenue addictive. Pourtant j’ai eu beaucoup de peine avec Emma, je ne comprends pas ses actes. Elle veut sortir avec Jack à cette soirée mais cela ne l’empêche pas de flirter ailleurs et même de couché avec un autre garçon que lui. Elle prend de la drogue pour se donner un genre. Tout est basé sur l’apparence, sur ce que vont penser les autres, elle joue un rôle et cela va se retourner contre elle.

« Je me redresse en remarquant l’éclair de jalousie dans ses yeux. Je regarde de nouveau Paul. Étrangement, il est plus beau, comme si l’envie des autres était un filtre Instagram extrêmement flatteur. »

Pour la dernière partie qui prend clairement la moitié du roman, je dois avouer que j’ai trouvé la plume de l’auteur très habile et très juste dans la psychologie d’Emma. C’est un personnage que je n’apprécie pas, que je ne comprends pas mais pourtant j’ai pitié d’elle et de ce qu’elle vit. Personne ne mérite ce qui se passe malgré son comportement déplacé lors de la soirée.

On ressent sa détresse, elle est détruite physiquement et psychologiquement et c’est vraiment bouleversant à lire. Elle culpabilise alors que ce n’est pas sa faute, elle se répète sans cesse qu’elle leur à gâché la vie en rendant « ça » publique alors que c’est elle la victime. De plus, on voit encore les dégâts après une année, on voit que rien n’a réellement changé, cela à juste empiré.

Malgré tout, Emma ne murit pas malgré les circonstances, elle commet des erreurs stupides et monumentales. Et je ne vous parle même pas de la fin qui m’a complètement révoltée. Je suis choquée des raisons qui l’ont poussée à agir ainsi et pire, je trouve que les parents sont vraiment pas à la hauteur tout au long du roman.

« Ils veulent entendre que j’avais pris assez de drogues pour assommer un petit animal, ils veulent entendre que j’ai été agressée par toute l’équipe de foot, que je suis tombée enceinte de triplés et que j’ai dû aller me faire avorter en Angleterre, ils veulent entendre que j’essaie de me foutre en l’air tous les jours, deux fois le dimanche, ça porte bonheur. »

J’ai trouvé tous les personnages complètement détestables. Les seuls personnages dignes sont Bryan et Conor. Ils sauvent le livre. Ce sont les seuls à se montrer blessés par ce qui est arrivé, et qui soutiennent Emma.

J’ai ressenti une énorme colère et beaucoup d’injustice durant ce roman. Mes sentiments ont été mis à dur épreuve. La réaction de son entourage, de ses parents est complètement incompréhensible mais elle reste pourtant plausible et crédible.

« La vie, ce n’est pas attendre que les orages passent, c’est apprendre à danser sous la pluie. »

Louise O’Neill a habillement su monter les clichés de notre société autour du viol, comme quoi elle l’a bien cherchée, elle s’habille de manière provocante, elle attendait que ça, c’est une fille facile, etc…  C’est le point fort de ce roman, c’est poignant et juste. Les thèmes abordés sont certes durs et délicats à aborder mais c’est écrit avec des mots forts, c’est vraiment percutant. Elle a su parler de ces sujets sensibles comme le viol, l’intimidation, l’humiliation, la non reconnaissance des agressions, l’injustice, le suicide, la dépression et le harcèlement de masse sans tomber dans l’extrême.

« Les jupes au ras des fesses, les hauts échancrés jusqu’au nombril, et elles boivent toutes trop et trébuchent dans les rues, elles poussent au crime, et quand ce qui doit arriver arrive, elles se plaignent et se mettent à pleurnicher. Comme disait votre autre intervenant, à quoi d’autre peuvent-elles s’attendre ? »

conclusion
J’attendais beaucoup de cette lecture, même si le moment déclencheur tarde un peu à venir, la suite m’a tout simplement happée jusqu’à la dernière page. Les personnages sont presque tous détestable ce qui augmente encore plus notre colère et notre sentiment d’injustice contre ce livre qui dénonce la culture de viol. A mettre dans les mains de tous les adolescents et jeunes adultes sans exception. C’est un roman coup de poing, mais nécessaire.


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