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Chronique lecture : La Mélancolie du Kangourou

kangourou
Auteure: Laure Manel
Edition: Michel Lafon
Catégorie : Littérature contemporaine
Mots clés :Tragédie, Deuil, Reconstruction, Famille, Douceur, Relation paents-enfants, Dépression

Pages : 320
Sortie : 03.05.2018
Ma note : 19/20
COUP DE CŒUR
synopsis

Alors qu’il s’apprête à vivre le plus beau moment de sa vie avec la naissance de sa fille, Antoine est confronté au plus horrible des drames : la mort de sa femme durant l’accouchement. Anéanti par la perte de celle qu’il aimait plus que tout, Antoine a du mal à créer du lien avec son bébé jusqu’à ce qu’il embauche Rose, une pétillante jeune femme à l’irrésistible joie de vivre, pour s’occuper du nourrisson.

 
Parviendra-t-elle à aider Antoine à se révéler comme père et à se reconstruire ? Il n’est jamais trop tard pour (ré) apprendre à aimer. 

chronique

Dès que j’ai aperçu la sortie de ce livre, j’ai été intriguée par le titre « La mélancolie du Kangourou ». Mais de quoi on va parler, vu la couverture je ne pense pas que c’est d’un réel Kangourou, j’ai donc lu le résumé et j’avoue que cela m’a un peu rebuter car cela n’est pas le genre de livre sur lequel je me jette de suite. J’ai vu drame durant un accouchement, deuil et reconstruction et de suite je me suis dis que ça allait être une lecture trop dure, trop intense et qu’au vu de ma sensibilité ce n’était pas pour moi. Pourtant, un petit je ne sais quoi m’attirait, j’y pensais, je voulais tenter. J’ai commencé ensuite à voir beaucoup d’avis dithyrambique sur ce roman et j’ai sauté le pas. Au pire, qu’est ce qui peut bien m’arriver, si c’est trop dur je m’arrête en point c’est tout.

 
Autant vous dire que les premiers chapitres ont été très difficiles, très intenses émotionnellement parlant. On ne peut pas dire que l’auteure nous laisse le temps de nous acclimater, elle nous plonge directement dans l’ambiance. J’ai été pris au dépourvu, je ne pensais pas plonger dans le vif du sujet aussi vite.

 
Suite à la mort de sa femme durant l’accouchement, Antoine, son mari passe par des moments extrêmement douloureux. Il est en colère, dans le déni et il dénigre son toute jeune bébé. J’étais furieuse contre lui, je voulais le secouer pour lui faire comprendre qu’il y a un petit ange auprès de lui et qu’il a besoin d’amour et d’attention, mais comment lui en vouloir face au terrible drame qu’il vient de subir. On se demande comment Antoine va pouvoir remonter la pente, on veut une happy ending mais le chemin à parcourir semble tellement difficile qu’on a nous même de la peine à savoir s’il va réussir à surmonter le drame. On est tellement mal pour lui, malgré la colère face à ses réactions, on veut juste lui faire un câlin et lui dire que tout va bien se passer.

 
L’auteure possède une écriture simple, ce n’est vraiment pas péjoratif, au contraire, c’est tout en subtilité. Elle va droit au but, les situations sont crues, durs à vivre mais les mots sont choisis avec une extrême justesse et on ressent tous les sentiments des personnages malgré la narration à la troisième personne qui aurait pu nous créer une barrière émotionnelle. Elle arrive a nous faire avoir de l’empathie pour un personnage qui nous énerve, elle nous amène à penser différemment, à s’épanouir des petites choses de la vie et c’est pour moi le point fort de ce roman.

 
Les personnages sont forts, complexes et on s’y attache réellement. Antoine, ce mari veuf qui veux bien faire mais qui n’y arrive pas, qui se construit une apparence de pierre et qui pourtant culpabilise de délaisser son enfant. Qui demande qu’on lui pardonne, il est tellement humain au fond de lui. Et Rose, la petite Rose qui va être la baby-sitter, tellement pétillante, pleine de joie et positive. C’est un véritable rayon de soleil qui murit au fur et a mesure du roman. Elle suit son instinct, elle reste elle-même malgré le désaccord de son entourage. Elle a énormément de force et de courage et je me suis attachée à ce petit bout de femme qui m’a fait changer tellement de chose dans ma manière de voir les choses. Par contre les dialogues Franco-anglais avec son chéri, ça m’a clairement soulée, j’aime déjà pas cette façon de parler à l’oral, ça m’a d’autant plus dérangée à l’écris.

 
Le bonheur est fait des petites choses simples de la vie, du paysage qui nous entoure, de l’oxygène pur et des bruits environnants. On a souvent tendance à l’oublier pourtant il n’y a rien de mieux pour se ressourcer. La richesse n’est pas dans l’argent, dans la carrière ou tout autre bien matériel. La richesse du cœur est la plus importante, profiter des gens qu’on aime est le bien le plus précieux.

 
Je vous avoue, j’ai versé ma petite larme plusieurs fois durant cette lecture, mais je me sentais tellement bien en finissant ce livre que je n’ai retenu que ça. D’ailleurs, j’ai été épaté car à un moment marquant j’ai été émue aux larmes et littéralement 2 minutes après, j’étais en colère contre un des personnages. Je ne pensais pas que je pouvais passer d’une émotion à son contraire en si peu de temps. Mes émotions se sont complètement laissé envoûter et manipuler à la guise de Laure Manel ce qui prouve bien sa plume de talent.

 

Extraits

« Pourtant ses yeux sont fermés. Il voudrait pouvoir les rouvrir. Jamais plus ils ne le regarderont, jamais plus ils ne riront ou lui diront « Je t’aime ». Jamais plus… Il dépose des baisers mouillés sur les paupières closes. Puis pose sa tête sur sa poitrine, comme il le faisait parfois. Comme pour être sûr… Mais la petite musique du cœur n’est plus. Elle a cessé pour entrer dans un autre. Celui d’une petite fille qu’il ne connaît même pas. Il pleure sur la cruauté des faits. »

 

« J’espère que tu ne me juges pas trop de là où tu es… Car je sais que je suis un mauvais père, un père absent, un père invisible, un père manquant. Mais je n’arrive pas à être père. Je suis désolé… J’ai déjà du mal à me lever, à tenir debout… alors, être père… ? J’essaie juste de rester vivant. »

 

« Il y a peu de temps, il a lu un article qui l’a interpellé. Il s’agissait de la « course à l’avoir » que les jeunes adultes disputent à peu près tous : il faut avoir un métier, avoir une femme ou un mari, avoir une maison, avoir des enfants, peut-être avoir un chien… mais aussi avoir de l’argent. Antoine avait tout (sauf le chien). »

conclusion

Ce livre regorge de nombreux thèmes difficiles mais les mots choisis et la subtilité de l’auteure en fait un roman d’une grande sagesse. La reconstruction des personnages est prenante et prend son temps sans nous ennuyer. Même si la fin est plutôt facile à deviner, on ne rentre pas dans une série de clichés. Une histoire touchante, très belle, toute en sincérité et délicatesse, en bref, un véritable coup de cœur.


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